Période du parlant :
Le premier long métrage (mais que de 70 minutes) parlant français fut projeté au dernier trimestre 1929. Forcément,
il fallait que ce soit un film en français,
le public francophone ne s'intéressa pas à entendre les films américains ou britaniques antérieurs avec leurs dialogues en anglais, l'attrait de
la nouveauté technique ne compensait pas la frustration -
nouveauté toute relative car Gaumont avait déjà projeté des courts métrages sonorisés dans les années 1900-1910.
Ce premier film parlant français avait dû être filmé en Grande-Bretagne, faute de studio équipé en France,
mais dès 1929 des studios furent ouverts par Pathé
et le premier film parlant français tourné en France sorti en 1930. Très rapidement la production augmenta et se généralisa,
c'était la fin du muet.
Pour les salles, cela nécessitait un investissement, le parc de salles ne se convertit pas du jour au lendemain au parlant
(même si en seulement quelques années), et pendant les toutes premières années 1930, certaines salles ne pouvaient encore projeter que du muet.
Mais l'attrait du parlant balaya rapidement l'ère du muet et ces films n'étaient alors plus diffusés que marginalement,
en dehors de quelques films tels par exemple les Chaplin sonorisés.
Période de la seconde guerre mondiale :
La guerre a bouleversé la distribution des films, avec de nombreuses censures, y compris purement françaises :
Dès la déclaration de guerre en septembre 1939, la censure du gouvernement français a interdit certains films (y compris français)
pour des raisons idéologiques ("Quai des brumes" par exemple).
En 1941, en zone occupée interdiction de tous les films antérieurs à octobre 1937.
La diffusion des films anglais et américains est interdite dans la zone libre à partir du 15 octobre 1942 (jusqu'à la libération).
Ils étaient déjà interdit en zone occupée.
22 juin 1944 : ordre du Comité français de libération nationale : saisie de tous les films sortis depuis le 17 juin 1940,
interdiction des films d'"origine ennemie".
Bien sûr, la mobilisation, les combats, les bombardements et les alertes aux bombardements, les saisies des cinémas possédés par des juifs,
etc ont entrainé des fermetures locales ou nationales.
Mais également les restrictions d'électricité qui ont entrainé des fermetures temporaires et locales jusqu'en 1946.
Dans les grosses villes, des cinémas étaient réquissionnés et réservés aux troupes allemandes.
La ruée vers l'or (9 octobre 1925)
Peut-être le film de l'époque du muet le plus connu au XXIième siècle...
Aucune idée d'un chiffre d'entrées avant 1945 (il est ressorti le 15 novembre 1944, interdit pendant l'occupation),
je vous donne juste le total de ses entrées entre 1945
(alors que ça faisait 15 ans que le cinéma était parlant en France) et 1957 : 680 252 entrées sur la seule année 1957,
pour un total de ... 4 814 445 spectateurs!!!
En avril 1972 il franchit les 5M d'entrées, et au 4 juillet 1972 il atteint désormais 5 218 801 entrées depuis 1944 alors qu'il est encore programmé.
La ruée vers l'or a en plus continué à avoir des entrées conséquentes depuis (par exemple, en 1972 il est de nouveau 6 semaines
dans le top 20 parisien pour 128 149 entrées; en 1976 ce sont encore quelques milliers d'entrées parisiennes, etc).
Et il fait parti depuis 2010 de la programmation "Transmettre le cinéma à l'école" ce qui fait encore quelques milliers d'entrées annuelles en plus des projections classiques, par exemple en 2019 c'est 42 966 entrées de plus, son box-office de 2014 à 2025 inclus (je n'ai pas les années précédentes) : 331 177 entrées (source Lumière).
Les 5,6 millions d'entrées depuis la guerre paraissent donc un minimum.
Je n'ai pas trouvé d'information sur son succès en France à sa sortie, mais aux USA il fut un triomphe,
et il semble que Chaplin était tout autant populaire en France qu'aux Etats-Unis.
Et il disposait en France de près de quatre années complètes avant l'arrivée des premiers films parlant français (fin 1929).
Et même ensuite, alors que le parlant est ce que le public cherche, il fallu du temps pour équiper le parc de salles.
Même si cela fut plus rapide qu'en Grande-Bretagne par exemple, il n'empêche qu'en 1932
un cinéma sur deux est encore non sonorisé, alors que la production muette était quasi finie,
et qu'il fallait bien programmer des films dans ces cinémas encore muets.
"La ruée vers l'or" pouvait encore tourner largement dans les années 30 dans sa version non sonorisée
(la version sonorisée actuellement plus connue n'a été créée qu'en 1942 et est sortie en France qu'après la Libération).
Comme le montre le succès des Temps modernes en 1936, Chaplin était toujours une grande star à l'ère du parlant.
Autant dire que le film est un monstre du BO, si on avait aussi les entrées de sa carrière au temps du muet,
et pendant les 15 ans suivant l'arrivée du parlant, ça pourrait monter parmi les vingt premiers tout temps...
Cependant en 1925, avec seulement 110 millions d'entrées (et seulement 40,5 millions d'habitants en métropole), et une large offre de films,
on est loin de la situation des années 1946-1957 où la fréquentation dépassait les 350 millions d'entrées France annuelles.
Donc il ne faut pas non plus s'emballer sur son chiffre 1925-1930.
En tout cas, avec 4,8 millions de spectateurs à son box office en seulement 13 ans en pleine époque du parlant et de la couleur, et un minimum de 5,6M depuis 1944, un 9 millions d'entrées cumulées parait un minimum plausible et un 12 millions n'a rien d'impossible
(bien que malheureusement basé sur peu de concret pour la période pré-1940).
Le Roi des resquilleurs (1930)
Sorti le 14 novembre 1930, "Le roi des resquilleurs" est une comédie, avec quelques chansons, d'esprit café concert.
D'après les articles de l'époque, il semble qu'en plus de la bonne humeur qui se dégage du film,
ce soit la familiarité des personnages et des lieux qui aient plu
(pas une comédie avec de grands bourgeois ni avec des grandes "canailles", comme c'était la mode,
mais un Monsieur Toutlemonde sympathique dans lequel
le public a aimé se retrouver). Le film semble ne plus être visible depuis très longtemps.
Dans son livre "Genre, myth and convention in the french cinema 1929-1939" (2002), Colin Crisp
(Professeur d'études cinématographiques et des médias, Griffith university, Brisbane, Australie)
a calculé une estimation réaliste du nombre d'entrées des films de 1930 à mi-1939,
pour leur période d'exclusivité et pour leur exploitation générale,
à partir des séances programmées et du remplissage annuel de chaque salle de Paris et sa banlieue
(l'auteur ne précise pas le périmètre et ce que regroupe le terme "banlieue"). Les films changeaient de salle selon leur succès,
à l'époque il n'y avait que des monosalles, certaines de plusieurs milliers de fauteuils,
et l'auteur a tenu compte des carrières prolongées ou raccourcies
(signes de résultats au-dessus ou en dessous de la moyenne de la salle).
Les quelques sources sur des résultats ponctuels corroborent sa méthode.
L'étude porte sur les deux années suivant la sortie, ce chiffre ne tient donc pas compte des ressorties.
"Le roi des resquilleurs" aurait fait selon cette estimation 1,187 million d'entrées sur Paris,
soit le plus gros succès parisien entre 1930 et 1939;
dont 888 000 en exclusivité (où le prix était plus élevé), avec 34 semaines de suite dans une salle de 2000 places,
puis encore 26 semaines dans une salle de 500 places... soit 60 semaines d'exclusivité!
c'est donc plus d'un an après sa sortie qu'il commença sa diffusion dans les "salles de quartier"
(alors qu'une suite était déjà sortie), période où il sortit dans 41 salles, notamment en banlieue.
Du coup il était encore second des plus gros succès sur l'année 1932 (et donc devant les deux suites sorties en 1931).
Comme pour tous les films de son étude, l'auteur n'a pris en compte que les deux premières années,
et il précise que Le roi des resquilleurs a eu
de nombreuses reprises, lors de courtes exclusivités ou en reprise générale en salles de quartier,
notamment pour remplacer un échec ou en période de manque d'offre.
Bref un classique pour assurer un succès minimum en cas de besoin.
Dommage que l'auteur n'ait pas compilé ces données en annexe, le film cumule-t-il sur la décennie 1,3 ou 1,4 million, voire plus?
Or dans l'étude de Crisp, le second des années 30 est "La grande illusion",
avec 1,052 million de spectateurs parisiens (dont 522 000 en exclusivité),
et "La grande illusion" est estimé par certains à 12 millions d'entrées de cumul en France. On pourrait alors extrapoler que
ce "Roi des resquilleurs" est aussi le roi du BO avec plus de 13 millions d'entrées dans sa besace,
peut-être même plus de 15 millions
car "La grande illusion" n'a pas pu avoir d'exploitation dès trois ans après sa sortie, les nazis l'ayant interdit dans la France occupée
contrairement au Roi des resquilleurs... mais on va resquiller nous aussi!
En effet, "La grande illusion" a fait une superbe carrière post guerre (plus de la moitié de ses entrées estimées),
ce qui n'a pas du tout été le cas du "Roi des resquilleurs".
Donc on ne peut plus comparer qu'avec les 5,5 Millions d'entrées estimées d'avant-guerre de La grande illusion
(qui déjà à mon avis est une estimation exagérée, son score parisien est certes très élevé mais 5,5 millions nécessiteraient
un coefficient Paris-province très au-dessus de la moyenne de la fin des années 30).
De plus les entrées d'exploitation générale (post période d'exclusivité) du Roi des resquilleurs ne sont pas si élevées,
un succès mais un succès classique,
certes peut-être dû à son gigantesque succès d'exclusivité, mais les deux suites de 1931 sont dans la même situation.
Or un film marchant dans les salles post exclusivité a statistiquement parlant plus de chance de fonctionner en province également
(même si bien des exceptions existent).
"La grande illusion" a lui légèrement plus d'entrées sur son exploitation générale que sur son exclusivité.
De plus, les deux suites de 1931 ont très bien marché ("Le roi Bouboule" est même second en cumul final de la saison 1931-32),
mais celles de 1934 et de 1938 très nettement moins, ce qui suggère que la popularité de l'acteur/personnage était déjà en baisse au fil de la décennie et
donc il n'y a pas d'indication que l'exploitation du film de 1930 aurait été encore spécialement forte en fin des années 30.
Après guerre, il y eu un remake avec un autre acteur, qui fut un vrai succès mais pas un triomphe
(près de 3,7M d'entrées, 5ième des films sortis en 1945), qui sans doute
a fini la carrière du film de 1930 (en tout cas aucune trace de reprise du film de 1930 après-guerre).
Par contre, avec un coefficient Paris-province
de 5,3, ce remake a proportionnellement légèrement mieux marché hors Paris que les autres gros succès de la période.
Cependant le marché parisien en 1930 était plus important en pourcentage qu'il ne le fut plus tard
(un tier des entrées France étaient réalisées à Paris au début des années 30,
le nombre de cinémas sonores a plus vite augmenté sur Paris à l'arrivée du parlant
(le premier film parlant en français n'est sorti qu'en octobre 1929),
avant de grossir dans les petites villes au cours de la décennie,
passant de 552 à près de 4000 en 7 ans, quand le nombre de cinéma parisiens passait d'une centaine à 320 dans la même période),
ce qui inciterait à baisser le coefficient.
Cependant le film de 1930 a possiblement réalisé de nombreuses entrées plus tardivement dans la décennie en province,
ce qui inciterait à monter le coefficient...
On ne peut donc pas appliquer le coefficient du film de 1945 mécaniquement, les conditions ayant totalement changé en 15 ans.
Conclusion : tout ceci ne sont que des indices pour estimer sa carrière totale sur le temps et le territoire.
Les 5 millions d'entrées paraissent probables, les 3,5 millions ou les 7 millions sont tout aussi possible,
mais en réalité tout ceci reste juste une hypothèse.
Quoiqu'il en soit de son chiffre réel France tout temps final, le film a été un triomphe inhabituel à sa sortie,
au minimum en région parisienne,
et fut un des triomphateurs auprès du public d'avant guerre, ainsi que le plus gros succès des premières années du parlant.
Et son acteur principal Georges Milton était une super star au début des années 30 (célèbre aussi comme chansonnier).
Comme le succès du "Roi des resquilleurs" et de sa vedette a été oublié,
il méritait bien ce paragraphe détaillé malgré l'absence de chiffre hors de Paris-banlieue.
Les lumières de la ville (7 avril 1931)
Entrées 1950 : 605 249
Entrées 1951 : 1 166 221
Entrées 1952 : 275 335
Entre 1950 et 1952 : 2 046 805 spectateurs! Et 2 071 299 entrées cumulées depuis fin 1944.
Bien sûr son exploitation continua au-delà de 1952, y compris au 21ième siècle (par exemple 104 373 entrées de 2014 à 2024 inclus, y compris des entrées scolaires).
Avec son exploitation d'avant-guerre, possiblement entre 5 et 10 millions mais sans aucune certitude.
Marius (1931)
Le film est sorti le 9 octobre 1931, adapté de la pièce de théâtre qui triompha quelques années plus tôt.
Selon les calculs de Crisp (voir le paragraphe sur "Le roi des resquilleurs"), "Marius" fut un grand succès,
au moins parisien : il eut une très belle période d'exclusivité avec 428 000 spectateurs,
puis une bonne exploitation générale de 226 000 entrées (mais pas hors norme), pour un cumul de 654 000 spectateurs sur deux ans,
soit tout de même le meilleur score de la saison 1931-32. Pour un début, c'est bon,
cependant pas de quoi en faire un champion tout temps, avec au début des années 30 un coefficient moyen de 3,3 entre Paris et le reste du pays.
En automne 1932, suite au succès de "Marius", "Fanny" sort en salle avec même légèrement plus de succès (664 000 entrées en deux ans)
(second de la saison 1932-33, derrière un autre film avec Raimu, "Théodore et compagnie", oublié celui-là).
A n'en pas douter, Marius a encore fait des entrées à cette occasion,
les deux films se suivant il est préférable d'avoir vu "Marius" avant de voir "Fanny"
(et il n'y avait alors pas de télé, DVD, internet etc pour voir un film, seulement la salle de cinéma).
Puis en fin 1936, sort "César", avec encore plus de succès (724 000 entrées, dont une énorme exclusivité), et "Marius" a dû encore en profiter.
Son chiffre France jusqu'en 1943 parait donc à grand minima de 2,5 millions d'entrées, les 4 millions sont possible.
Sa carrière ne s'arrêta pas avec la guerre, et même après la libération il continua à être repris, et il réalisa de 1945 à 1964 3 636 644 entrées,
notamment grâce à une reprise nationale à partir de juin 1950 et une autre en 1957 (où il franchit les 3 millions).
Et au total, de 1944 à 2013, c'est carrément 4 010 571 spectateurs qui ont été voir (ou revoir) "Marius" au cinéma!
Depuis 2013 il est ressorti en version restauré en 2015, puis en 2024, pour quelques milliers d'entrées de plus,
et il cumule 4 020 450 entrées entre fin 1944 et fin 2024.
Conclusion : un grand minimum de 6,5 millions d'entrées en France, probablement plus de 7 millions, et possiblement plus de 8 millions.
Fanny (1932)
Le film est sorti le 2 novembre 1932, là aussi adapté de la pièce de théâtre qui triompha quelques années plus tôt, et suite directe de Marius.
Selon les calculs de Crisp, "Fanny" eu même un peu plus de succès que Marius lors de sa sortie parisienne :
il eut une très belle période d'exclusivité avec 454 000 spectateurs (un peu plus que "Marius", la suite était attendue,
puis une bonne exploitation générale de 210 000 entrées (mais pas hors norme et un peu moins que "Marius"),
pour un cumul de 664 000 spectateurs sur deux ans,
soit le second meilleur score de la saison 1932-33, derrière un autre film avec Raimu, "Théodore et compagnie".
Fin 1936, sortie de la suite, "César", avec encore plus de succès (724 000 entrées, dont une énorme exclusivité), et "Fanny" a dû en profiter
(il n'y avait pas de possibilité de voir le film autrement qu'en salle, et il est assez logique d'avoir vu "Marius" et "Fanny" avant de voir "César",
on peut donc extrapoler que son résultat en 1938 deux ans après la sortie de "César" était au minimum du niveau de ces 724 000 entrées parisiennes).
Son chiffre France jusqu'en 1943 parait donc à grand minima de 2,5 millions d'entrées, les 4 millions sont possible.
Après-guerre, "Fanny" a notamment été repris en été 1950 et en 1957 (ainsi que "Marius" et "César"), et le 6 août 1957
il en était à 2 690 528 entrées depuis 1945. A la même reprise, "Marius" en était à 2 949 047,
soit un coefficient excellent de 91% pour "Fanny" comparé à Marius.
Il est ressorti avec succès dans les années 60. Et tout comme "Marius", il est ressorti en version restauré en 2015, puis en 2024,
pour quelques milliers d'entrées de plus.
Entre fin 1944 et fin 2024, il a eu 3 561 896 spectateurs.
Conclusion : un minimum de 6 millions d'entrées en France, probablement plus de 6,5 millions, et possiblement plus de 7,5 millions.
Pour "César" (1936), je n'ai pas de chiffres en dehors de ceux de Crisp pour sa sortie parisienne. Vu l'exploitation des trois films et le résultat de 1936 et celui de la reprise de l'été 1957 (et même de la période 2015-2024), il est probablement proche de "Fanny".
Les misérables (1934)
Ce film est la version de Raymond Bernard, avec Harry Baur (Valjean) et Charles Vanel (Javert),
sorti d'abord en trois parties à une semaine d'écart en février 1934 lors de son exclusivité.
Et en 1944 il est exploité avec grand succès de nouveau, en "deux époques" (soit deux films distincts, remontés).
Estimation de Laurent Aumaitre (Boxoffoce-retro) : 8,140 millions d'entrées (dont 1 159 764 depuis 1952, chiffre CNC;
plus 838 778 entrées Paris entre 1944 et 1950, soit probablement entre 2,5 et 5 millions d'entrées France sur ces 7 années;
et 3,195M d'entrées estimées par BoxofficeRétro avant 1943).
Ces chiffres correspondent donc au cumul des trois films lors de leur première sortie, en trois parties jusqu'au moins 1935,
puis des deux "époques" lors du second montage dans les années 40, plus les chiffres du film exploité en une version de 4h39 par la suite
Ce chiffre gonfle donc énormément le succès réel des films (et non du film).
Selon "Genre, Myth, and Convention in the French Cinema, 1929-1939", ce sont bien trois films avec trois exploitations différentes,
donc un cumul ne correspondant pas à un film seul mais en partie à trois films, et du coup pas un aussi gros succès
(selon l'étude de Crisp, qui se limite à l'exploitation sur les deux premières années et à Paris, chaque film a fait 370 000 entrées,
un bon score mais pas un triomphe, soit le 15ième succès des sorties de 1934).
C'est comme si pour le box-office de Kill Bill on additionnait les entrées de Kill Bill - volume 1 (2003) et de Kill Bill - volume 2 (2004) car il y a eu un remontage des deux films avec Kill Bill - The whole bloody affair en 2026.
Ce chiffre de 8,140M qui cumule le box office de plusieurs films et non d'un film est donc juste donné pour information au cas où vous le rencontriez ailleurs,
même s'il est clair que cette version des Misérables avait déjà été un franc succès, notamment lors de sa reprise de 1943.
Il y aura le même soucis avec "Les misérables" de 1958, parfois exploité en deux parties, mais à une très nette moindre échelle.
Le train de 8h47 (1934)
Un film de "comique troupier", genre très en vogue avant guerre, passablement démodé. Basé sur un livre populaire (à l'époque).
Les têtes d'affiche sont Brach et Fernandel.
S'il n'est pas besoin de présenter Fernandel, on a oublié la star qu'était Brach. C'était un spécialiste du comique troupier,
en chanson (dont certaines ont été reprises par d'autres et passées à la postérité), théâtre et cinéma,
une très grosse star dans les années 20 et 30, son nom est aussi gros que le titre du film sur les affiches du film,
et parfois plus gros que celui de Fernandel. Il est probable que le box office du film a bénéficié de ses deux acteurs :
pendant les années 30 pour Brach (plus l'aide de Fernandel, mais aussi Charpin, ainsi que l'auteur du livre,
et bien sûr le genre du comique troupier à la mode à l'époque),
et dans les années 50 (où Brach était tombé en désuétude après la guerre) grâce à Fernandel, LA star des années 50.
Estimation de Laurent Aumaitre (boxoffice-rétro) : 5,215 millions d'entrées (dont 1 052 860 depuis 1952, chiffre CNC, le film a été repris en 1953 avec succès et en 1954;
plus 290 626 entrées Paris entre 1944 et 1950, soit probablement entre 0,8 et 1,8 millions d'entrées France sur ces 7 années).
Selon "Genre, Myth, and Convention in the French Cinema, 1929-1939", le film aurait 518 000 entrées parisiennes en deux ans suivant sa sortie,
7ième plus gros succès parisien des sorties de 1934.
L'estimation de Laurent Aumaitre de 2,850 millions d'entrées France 1934-1942 est donc assez haute,
mais pourquoi pas, en supposant que le film a été un succès plus fort hors de Paris, oet qu'il a eu une reprise au cours de la période (mais ce chiffre estimé n'est donc que supposition).
Les temps modernes (1936)
Un des films des années 30 qui est encore fréquemment présent en salle (notamment il fait parti du programme "Collège au cinéma").
Au niveau des chiffres connus de ses reprises post-guerre :
- 1954 : 1 213 596 entrées.
- 1955 : 1 696 019 entrées. Soit un cumul sur les deux années de 2 909 615 entrées.
- 1956 : à la fin d'année il cumulait 3 025 684 entrées depuis 1954 (dont 734 341 Paris).
- 1971 (3 novembre) : 526 159 entrées.
- 1972 : 483 798 entrées. Soit 1 009 957 entrées sur les deux années. Il a fait 993 230 entrées en 52 semaines de reprise,
donc 1,010M d'entrées est à peu près son score lors de cette reprise. Il a encore eu une petite reprise en 1976.
- 2003 (4 juin) : 492 788 entrées (source distributeur), dont un joli petit succès à la fête du cinéma de fin juin.
Il a bien sûr été diffusé ponctuellement aussi entre ces grosses reprises. Et il fait parti du dispositif "Collège au cinéma" depuis 2004,
et de 2014 à 2024 inclus il a été vu par 279 875 spectateurs en salle (je n'ai pas les chiffres depuis 2004).
Avec les chiffres de ces trois grosses reprises et de la période récente, on voit qu'il cumule donc 4,9 millions d'entrées grand minimum depuis la fin de la guerre.
Pour sa première sortie, le 14 mars 1936, Crips (voir le texte sur "Le roi des resquilleurs") cite dans son livre le classement des succès de 1936
en mars 1937 selon les managers de salle, dans lequel Les temps modernes est seulement 6ième (malgré une sortie en début d'année).
Il est dépassé par "César" et par "Le roi", sortis en fin 1936 pourtant (mais ayant eu une forte période d'exclusivité), par "L'appel du silence" sorti
deux mois après "Les temps modernes" (ce film est oublié, bien qu'il fut pourtant le plus gros succès sur Paris de la période,
et même l'un des plus gros des années 1930), mais aussi par "Mayerling" et "Veille d'armes", deux films sortis avant "Les temps modernes"
(5 et 12 semaines),
qui ont eu un succès proche l'un de l'autre, et les deux avec une exploitation générale meilleure que l'exclusivité, on peut donc penser que le chiffre
parisien des "Temps moderne" est dans les eaux de ces deux films, son score selon les managers de salles est d'ailleurs proche de celui
de "Veille d'armes" qui a eu deux semaines d'exploitation en 1935.
Les deux films ont un nombre de spectateurs "parisiens" estimés par Crips à 672 000 et à 697 000.
Donc "Les temps modernes" a été indéniablement un très gros succès parisien mais sans être un triomphe.
Ensuite il est difficile d'extrapoler sur la France entière,
juste on sait que la fréquentation française totale représentait 3,3 fois la fréquentation parisienne
(ce qui donnerait 2,3 millions d'entrées France sur les deux premières années pour Les temps modernes). Qu'en est-il de son succès sur les années suivantes, au maximum jusqu'en 1942 où les films américains ont été interdit? aucune idée...
Conclusion : entre 7,5 millions d'entrées et 9 millions (ou plus), grâce à une carrière en longueur.
A signaler aussi que le film est un immense succès de télévision également, avec à fin 2020 31 télédiffusions (72ième film le plus télédiffusé en France de tous les temps en 2020).
La grande illusion (1937)
Les aventures de Robin des bois (1938)
Blanche-Neige et les sept nains (1938)
Autres films d'avant 1945
Les trois lanciers du Bengale (1er mars 1935) :
De début 1945 au 18 septembre 1956 (où il était encore en pleine exploitation de reprise avec 42 144 entrées sur cette semaine-là), ce film d'aventures coloniales eut 2 291 123 spectateurs en France. Au dernier trimestre 1944, lors de la réouverture des cinémas parisien après la libération de la ville, le film a été repris avec un franc succès (283 156 entrées parisiennes). Il a donc eu au grand minimum 2,6M d'entrées de 1944 inclus à nos jours, les plus de 3M sont même probable.
Selon le livre de Crisp, il a franchement plu au public de 1935 (élu meilleur film étranger de l'année par les lecteurs d'un journal toulousain). Cela ne donne pas d'indication chiffrée, mais les 2,6M d'entrées (pendant ses 6 premières années d'exploitation) au pire nécessaire à le faire entrer dans ce "top champion" sont quand même d'une forte possibilité.
L'appel du silence (1er mai 1936) :
L'histoire de Charles de Foucauld. Film oublié, mais immense succès à l'époque.
Selon Crisp, il eut 887 000 spectateurs parisiens sur ses deux premières années
(énorme exclusivité à 660 000 entrées, puis distribution générale à 227 000 entrées).
En 1943, sur 65% des entrées de la capitale, il a eu encore 161 172 entrées parisiennes (source Boxoffice rétro).
Donc un cumul parisien qui a très largement dépassé le million (mais dans une période où la capitale représentait le tiers des entrées nationales).
Mais sans plus d'information (pas trace de sa carrière post 1944, et pas d'information sur sa carrière de 1939 à 1942), difficile de savoir
jusqu'où il est monté.
François 1er (12 février 1937) :
Un film avec Fernandel. Grosses reprises dans les années 50 (2 570 270 en août 1960).
Entre 5 et 6 millions de cumul probable.
Ignace (30 avril 1937) :
Encore un très gros succès pour Fernandel, notamment lors de ses reprises jusque dans les années 50.
Selon Crisp, il eut 568 000 spectateurs parisiens sur ses deux premières années
(jolie exclusivité à 302 000 entrées, puis distribution générale à 266 000 entrées), un succès mais pas un triomphe (6ième de la saison 1936-37).
Malheureusement pas d'information sur la période du début des années 40, seulement qu'en 1940 il avait toujours des programmations.
Par contre, il est certain qu'il a bien marché à la libération : 1 091 178 entrées sur l'année 1945.
Il a fait l'objet d'une réédition dans toutes les villes de France avec grand succès dès la fin 1944 sauf à Paris où il n'a enregistré que 145 000 entrées
et uniquement dans les salles de quartiers.
Et puis dans les années 50 il continue d'être vu, notamment une belle reprise en 1957 alors que le film a 20 ans (sur l'année 640 871 entrées),
et il cumule 2 997 585 entrées entre 1945 et 1957. Et termine sa carrière post 1944 à 3 565 472 entrées (à 2020).
Mais sans plus d'information (pas trace de sa carrière dans la première moitié des années 40 où il peut y avoir eu une belle fréquentation - ou pas),
difficile de savoir jusqu'où il est monté, mais les 6 millions paraissent un minimum, surtout au vu de son coefficient Paris-France sur l'année 1945 et son chiffre Paris lors de sa sortie.
Quai des brumes (17 mai 1938) :
Selon Crisp, il eut 854 000 spectateurs parisiens sur ses deux premières années
(exclusivité à 554 000 entrées, puis distribution générale à 300 000 entrées), second de la saison 1937-38.
Il fut interdit par la censure avant même l'occupation,
dès 1939 après la déclaration de guerre, censuré par le gouvernement français car considéré comme
« déprimant, morbide, immoral et fâcheux pour la jeunesse », puis censuré lors de l'occupation.
Il n'a donc eu que la période mai - août 1939 de non comptabilisée, seulement trois mois.
Mais il a été repris dès fin 1944 à la libération, ce qui lui permit d'attirer 1 885 873 spectateurs supplémentaires de 1945 à 1956 inclus
(dont 918 704 sur l'année 1945), et un cumul post-1945 de 2 377 890 entrées à 2020.
Les plus de 4,5 millions d'entrées France paraissent donc acquis avec ces informations,
et, selon son accueil hors Paris lors de sa sortie initiale, jusqu'aux 6,5 millions possibles.
Mais je n'ai pas les informations suffisantes sur son accueil hors de Paris avant guerre pour ajuster cette large fourchette.
Les cinq sous de Lavarède (mars 1939) :
Une comédie d'aventures avec Fernandel. Il a peut-être atteint les 5,2M, mais rien de certain, grâce à une excellente reprise
dans les années 50 : 655 237 entrées en 1951, 1 163 121 en 1952, 439 787 en 1953, et encore 170 870 en 1954 (soit plus que "L'auberge rouge",
nouveauté avec Fernandel sortie la même année que la reprise de Lavarède!) et donc un minimum de 2,5M d'entrées depuis 1945.
Mais en 1939 sa carrière parisienne n'a été que de 432 000 entrées, un succès classique, donc selon son succès en dehors de Paris (la fréquentation en France est d'environ 3,5 fois celle de Paris à l'époque) il peut avoir cumulé moins de 4M comme avoir atteint 5,2M d'entrées comme ce type de film peut avoir eu un succès plus important dans d'autres territoires français qu'à Paris (juste une éventualité).
Narcisse (20 mars 1940) :
Un autre film complètement oublié, avec une star qui a aussi été oublié : Rellys,
qui joua pourtant dans de nombreux succès dans les années 40, 50 et 60,
et qui même dès avant guerre joua dans des seconds rôles aux côtés de Raimu ou Fernandel,
et en tête d'affiche dans des films qui sentent bon le pastis et les herbes de provence....
Narcisse fut son plus gros succès en tête d'affiche,
ses "Aventures des Pieds Nickelés" (1948) a aussi dépassé les 4 millions de spectateurs France.
Il joua aussi dans des films encore connus (il joue Ugolin dans le "Manon des Sources" originel,
lui aussi au-delà des 4 millions d'entrées).
Narcisse est une comédie où un brave gars pas futé fini par emporter honneur, argent et amour...
Pas d'information sur son succès avant 1943.
En 1943, sur 65% des entrées de la capitale, il a eu encore 65 548 entrées parisiennes,
et en octobre 1944 cumulait depuis 1943 168 844 entrées parisiennes (source Boxoffice rétro).
Entre 1945 et fin 1957, Narcisse a engrangé 3 905 672 entrées (source Boxoffice Archives), dont encore 676 258 en 1957.
Les 6 millions d'entrées paraissent donc un minimum, mais difficile d'en dire plus, manquant les informations sur les années suivant sa sortie.
La fille du puisatier (20 décembre 1940 à Lyon en zone libre, 24 avril 1941 à Paris en zone occupée) :
Peu d'information sur son succès avant 1944 à part quelques chiffres de salles parisiennes.
"La fille du puisatier" fut le premier film français nouveau à passer la ligne de démarcation avec la zone non occupée,
offrant enfin de la nouveauté cinématographique à la capitale depuis la défaite (son tournage avait été interrompu par la "drôle de guerre",
le passage avec le discours de Pétain en direct à la radio a été ajouté au scénario lors de la reprise de son tournage).
Et le film de Pagnol resta d'ailleurs 21 semaines en tête d'affiche à Paris et rapporta plus de 4,5 millions de francs.
Une autre information : en 1943, sur 65% des entrées de la capitale, il a eu encore 275 229 entrées parisiennes.
Ce qui est certain, c'est que de 1945 au 30 juillet 1963, La fille du puisatier a engrangé 2 656 635 entrées.
De 1945 à 2020, il cumule 2 983 037 spectateurs (2 986 207 à fin 2024).
Les 5,5 millions d'entrées paraissent donc un grand minimum, mais difficile d'en dire plus...
L'éternel retour (13 octobre 1943) :
De sa sortie jusqu'au 9 mai 1944 (dont sur 1943 que 65% des entrées de la capitale), il a eu 1 025 217 entrées parisiennes (source Boxoffice rétro).
Mais pas d'information trouvée sur la suite de sa carrière, ni sur sa carrière nationale. Le film a été politiquement critiqué après la libération,
mais adoré des jeunes et des femmes lors de sa sortie (premier triomphe pour Jean Marais).
Les 4 millions d'entrées France paraissent donc plus que probable, il peut avoir fait nettement plus (ou pas),
mais je n'ai pas les informations suffisantes...